Histoire de la commune de Barges

Document écrit par un jeune bargeois : Eric SERGENT, sur l'histoire de Barges.

UN JOUR, en consultant le Précis historique, topographie et biographique sur la Côte-d’Or rédigé par Émile T., paru en 1846 (rééd. 1992), je fus assez surpris d'y lire : « Barges, ancien village, autrefois assez considérable. 170 h. ›› On ne pouvait faire plus lapidaire. Qu'entendait-il par «assez considérable» ?

Aujourd'hui, Barges compte presque 700 habitants, mais personne ne semble vraiment connaître l'histoire de ce village situé entre la mondialement célèbre Côte des Vins et la plaine de Saône. Cette petite commune, qui a traversé les siècles dans l’indifférence (presque) générale, n'a-t-elle vraiment rien à raconter ? C'est fort peu probable ! C'est pourquoi j'ai décidé de me lancer dans la recherche des origines du village, pour pouvoir ensuite tenter de retracer son histoire jusqu'à nos jours.

Dans les mentalités collectives, un village de cette taille est en général considéré comme inintéressant à étudier, « sans histoire ››. Mais j’ai la prétention, dans les quelques pages qui suivent, de soutenir que ce travail de recherche historique est riche, passionnant et même nécessaire pour comprendre les configurations actuelles de nos territoires, auxquels on s'intéresse peu, d’un point de vue historique. Pourtant, c’est cette recherche qui permet de comprendre la construction des divers bâtiments, monuments et routes, et de savoir quels chemins tortueux a empruntés le village, avant de nous parvenir tel qu'il est aujourd’hui.

Il est bien sûr impossible de traiter de l’intégralité de l’histoire du village de Barges ici. Pour ce premier article, mon travail - qui n'est pas celui d’un historien « officiel ›› - se limitera donc à tenter de restituer quelques informations sur les différents propriétaires et seigneurs du village de Barges, à partir d’actes authentiques et de travaux d’historiens locaux.

La possession du village au fil des siècles

Il semble que notre village soit ancien. Plusieurs auteurs font remonter l’histoire de Barges à l’an 775 où, dans le cartulaire de Saint-Bénigne, on trouve mention de In Page Attoariorum in villa Bargas. Ce texte décrit la donation par Ansegaud (Ansegaudus) de tout ce qu'il possède en vignes et prés à Barges, aussi nommé Sancto colonica sive Bargas, à l'Abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. En 820, le curé Vitigaire lègue à la même Abbaye ce qu’il possède à Barges. Ces deux donations concernent bien un village nommé Barges, mais il ne nous est pas possible, pour l’instant, d’affirmer que c'est bien du village de la Plaine dont il s’agit (comme l’affirme la plupart des auteurs), plutôt que du hameau disparu rattaché à Norges-la-Ville (comme le soutient notamment Maurice Chaume).

Les sources se tarissent ensuite, pour reprendre, de manière assez régulière, du milieu du XIII* siècle jusqu'au XVIIIème siècle et concernant plus certainement notre village de la Plaine.

L’histoire du village est d’abord liée à l'histoire des ducs de Bourgogne. En 1170, selon l'abbé Denizot, le duc Hugues III (vers 1148-1192) donne la terre de Barges en dot à sa fille Mahaut, pour son mariage avec Jean de Bourgogne, comte de Chalon. En 1216, Eudes III (1166-1218) donne à Hugues (Hue) de Vergy ce qu'il possède à Barges. En 1250, Hugues IV (1213-1272), duc de Bourgogne, remet à Jean de Solon ses droits sur Barges en échange du village de Daix. L”abbé Denizot précise qu'il ne trouve plus trace des ducs au sujet de Barges après cette date. Les religieux ont, en des temps variés, possédé les terres de Barges. Il existe, aux Archives de Côte-d'Or, des titres du Couvent des Cordeliers de Dijon, concernant le domaine de Barges, qui s*étendent de 1430 et 1706. En 1514 un bail à cens(1) est passé entre les religieux de l'abbaye de Saint-Étienne de Dijon et Pierre Alix, laboureur.
En 1488, on trouve trace d’une vente de rentes annuelles et perpétuelles à Pierre Bonféal, signalé comme seigneur de Barges par l'abbé Denizot des 1469. Pierre Bonféal était, selon H. Personne, chevalier, avocat général au Parlement de Bourgogne en 1480, seigneur de Saulon, de Pénay, de Chevigny et de Barges.
Entre 1523 et 1538, le finage de Barges est la propriété de Pierre Belrient, comte de Saulon, seigneur de Beligny-sous-Beaune (2), de Curtil et de Barges, conseiller au Parlement de Bourgogne en 1525. Pierre Belrient est, selon Courtépée, inhumé en 1538 à la Sainte-Chapelle de Dijon.


En 1556 sont cités comme seigneurs dominant à Barges Jean Le Marlet, écuyer, docteur en droit, conseiller, gouverneur de la chancellerie du duché, et sa femme Anne Belrient ; ainsi qu'Étienne Thirion, capitaine des ville et château de Talant, mari de Perrenette de Chauvirey, seigneurs et dames de Saulon. En 1559, Étienne Thirion est cité comme « écuyer, seigneur de Saulon, Barges et Fénay ››. Dans le Recueil de Peincedé, on lit que le 7 mai 1573, Dame Perrenette de Chavirey, veuve d'Êtienne de Thirionm, donne à son fls aîné Olivier de Thirion et à sa femme, Dame Guillemette Doyen, la maison seigneuriale de Barges où ils résident. Entre la fin du XV 1° siècle et la fin des années 1610, deux familles règnent sur Barges : les Buatier et les Lemarlet. En 1590 est dressé un manuel des censes(4) dues à François le Marlet, écuyer, seigneur de Saulon, Barges, Pénay et Chevigny-Fénay, mais Courtépée le cite comme seigneur dès 1560. Le sieur Buatier est cité en tant que seigneur de Barges dès 1599, mais son assise sur le village semble prendre de l’importance dans les années 1620. Le 8 février 1618, François Lemarlet (ou le Marlet) rachète des biens situés sur le village de Barges, mais en 1622, ce même Lemarlet cède à Philippe Buatier, seigneur de Barges, des redevances d’un domaine à Barges. Cela est confirmé en 1628 par texte qui déclare Pappartenance du domaine de Barges au sieur Buatier. En 1637, Philippe Buatier est toujours seigneur de Barges. Selon l'abbé Denizot, Philippe Buatier est inhumé à Barges.


Mais à partir de la fin des années 1610, entrent successivement en jeu deux grandes familles de notre histoire qui resteront « au pouvoir ››, jusqu’à la Révolution française : la famille Legrand et la famille La Gagne qui lui est associée. Dès 1617, on trouve trace d’une reprise de fief (5) par Bénigne Legrand, qui possède donc une partie du village de Barges. Le 13 avril 1647, Bénigne Legrand, chevalier seigneur de Marnay, Solon, Chevigny, Barges, et Noiron, conseiller du Roy, Premier président en la Chambre des comptes de Bourgogne, achète à la veuve de Philippe Buatier (commissaire maître aux comptes à Dijon) le reste de la terre et la seigneurie de Barges, ayant appartenu aux frères Pierre et Jean Buatier. À partir de cette date, Barges entre dans la seigneurie de Saulon(~la-Rue), qui deviendra un comté en 1657 avec Jacques Legrand. En 1665 on trouve trace d'amodiations (6) du domaine, passées par Jacques Legrand, où il est précisé qu'il est président à la Chambre des comptes de Dijon, comte de Saulon. En 1687 d’autres actes d’amodiations du domaine sont passés par Catherine de Canonville Raffetot, veuve de Jacques Legrand. Catherine de Canonville Raffetot acquiert d'autres domaines à Barges en 1710, et 1711. À la toute fin du XV Ile siècle, entre 1695 et 1705, le domaine de Barges est amodié par Pierre-Bernard-François Legrand, comte de Saulon, conseiller au Parlement. À partir de 1715 au moins, c'est Claude-Marie Gagne, veuve de Pierre-Bernard-François Legrand, qui règne sur Barges. Elle s'occupe du domaine au moins jusqu'en 1725. En 1768, Barges est intégré au Comté de Perrigny-Saulon, sous la domination des seigneurs La Gagne, jusqu'à la Révolution de 1789.

Sur plusieurs siècles, l’histoire de Barges repose  entre les mains de quelques puissants, dont on a identifié les dominations successives : les ducs de Bourgogne, les Bonféal, les Belrient, les Lemarlet, les Thirion, les Buatier, les Legrand et les La Gagne. Il ne faut pas non plus oublier le pouvoir possédé par les représentants des ordres religieux, notamment l’Abbaye de Saint-Bénigne et l'Abbaye de Saint-Étienne, dont l'étude gagnerait à être approfondie.

Si ce court aperçu de l'histoire de Barges ne doit avoir qu'un mérite, c'est celui d'avoir montré comment les villages que nous connaissons aujourd’hui sont liés, par l’histoire au moins. Ainsi que nous l’avons développé, les propriétaires et seigneurs de Barges sont souvent seigneurs de Saulon, Noiron ou Fénay, ou des trois lieux en même temps. Le lien qui unit nos villages de plaine aujourd'hui n'est pas qu'un lien géographico-politico-administratif moderne mais bel et bien un lien historique, qui remonte au moins au XV If siècle. Éric SERGENT

Bibliographie

Bazin Jean-François, Le canton de Gevrey-Chambertin en 1900 à travers les cartes postales. Dijon, Éditions de Saint-Seine-l'Abbaye, 1982. Beaune Henri et Arbaumont jules d`, La noblesse aux États de Bourgogne, de 1350 à 1789. Dijon, Lamarche, libraire-éditeur.1864. Berthoud L., Matruchot L., Étude historique et étymologique des noms de lieux habités (villes, villages et principaux hameaux) du département dela Côte-d'Or. Publié par V. Bordot, à Semur, 1901. Chaume Maurice (Abbé), Les origines du Duché de Bourgogne. Seconde Partie : Géographie historique. Fascicule Troisième. Dijon, 1931. Commeaux Charles, Histoire des Bourguignans. Première partie : Des origines à la fin du règne des Ducs. Fernand Nathan, Collection Dossiers de Phistoire, 1977. Courtépée Claude, Béguillet Edme, Description historique et topographique du Duché de Bourgogne, tome II, Dijon, 1777. Paillot Pierre, Le Parlement de Bourgogne, son origine et son établissement, et son progrès. Édité par P. Paillot, Dijon, 1649. Pérard Estienne, Recueil de plusieurs pièces curieuses servant à Fhístoire de Bourgogne. 1664. Personne Henry, Armorial général de Bourgogne, Paris, A. Pilon, 1863. Roserot Alphonse, Dictionnaire topographique du département de la Côte-d'Or. Publié par les Archives départementales de la Côte d'Or, 1924. Société bourguignonne de géographie et d'histoire, Mémoires dela .Société bourguignonne de géographie et d'histoire. Dijon, Impr. Darantiere, 1913. Tournier Émile, Précis historique, topographie et biographique sur la Côte-d'Or, 1846, réédition : T. Emile, Département de la Côte-d'Or, Paris, Comédit, 1992.

Sources Numériques

Projet ARTFL, Université de Chicago, Encyclopédie, ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers.
Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.

Sources

Archives départementales de la Côte d'Or : serie E ; Recueil de Peincedé.
Bibliothèque municipale de Dijon :Abbé Denizot, Encyclopédie de la Cote